Conseil indépendant : que devient l’avantage des équipes légères avec l’IA ?

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Économie

Des postes de travail indépendants reliés à une table commune.
Des postes de travail indépendants reliés à une table commune.

En 2013, le quotidien néerlandais Het Financiële Dagblad décrivait le modèle d’Eden McCallum : des consultants expérimentés réunis dans des équipes souvent plus petites que celles de McKinsey ou BCG. Les frais de structure étaient réduits et le client prenait lui-même en charge une partie du travail.

Le cabinet a depuis évolué. Ses équipes de mission réunissent aujourd’hui des indépendants, des associés internes et des analystes salariés. Le modèle associe ainsi un réseau de consultants expérimentés à une équipe permanente.

L’IA pourrait rendre le recours à des équipes réduites moins distinctif. Dans mon dernier post, je relevais les recrutements des grands cabinets pour transformer leurs méthodes internes. Chez BCG, une offre liée à Helix vise à ramener certains travaux de plusieurs semaines à quelques heures. Oliver Wyman fixe à Quotient Inside un horizon de transformation à fin 2027. Roland Berger recherche un responsable des applications IA internes, chargé notamment des modèles, des agents et de leur gouvernance. Ces objectifs ne permettent pas encore de mesurer une réduction des équipes.

IBM Consulting avance une comparaison plus directe. En mai 2026, son dirigeant présente des unités associant consultants expérimentés et agents IA, et affirme que six personnes peuvent accomplir le travail d’une équipe de trente. Les agents prennent en charge du code, des tests, de l’évaluation et de la documentation. L’annonce ne fournit pas le protocole de cette comparaison, qui porte sur la réalisation technologique. IBM fait néanmoins d’une équipe resserrée un argument commercial.

Si ces dispositifs permettent de mener une mission comparable avec moins de consultants, l’écart avec les réseaux pourrait se réduire. Le grand cabinet garderait sa marque et son accès aux dirigeants en allégeant une partie de sa production. Il pourrait toutefois conserver le gain dans sa marge, ou l’employer à approfondir le travail. Aller plus vite ne suffit pas à proposer au client une offre moins chère. Les données publiques recueillies ne permettent pas d’affirmer que l’écart de prix s’est resserré.

Les indépendants ont eux aussi accès à l’IA. Ils peuvent gagner en capacité de production sans que ce progrès profite automatiquement au réseau qui leur apporte des missions. L’intérêt du réseau dépendra aussi de ce qu’il peut fournir à ces consultants mieux outillés.

Eden McCallum organise le partage des pratiques. En juin 2025, son troisième forum IA réunissait, selon le cabinet, environ 200 indépendants et la majorité de l’équipe interne. Les participants présentaient leurs usages pour la recherche, la préparation de présentations et les échanges avec les clients, en abordant aussi les erreurs des modèles.

Le forum de novembre traite de l’évolution possible de la pyramide des cabinets traditionnels, puis de cas d’utilisation d’assistants et de visualisation. Eden suit donc ce qui pourrait changer chez ses concurrents, tout en faisant circuler les pratiques de ses membres. Une méthode développée par un indépendant peut rester son affaire personnelle. La transmettre permet à d’autres de l’essayer sans repartir de zéro. Les comptes rendus décrivent ces échanges sans en chiffrer les gains.

Catalant veut fournir au consultant une assistance IA pour la recherche, la synthèse et l’analyse. C’est le projet que présentent Mauricio Monico et Patrick Petitti, respectivement directeur produit et dirigeant de l’entreprise. Les données issues des missions doivent aussi améliorer la sélection des intervenants. Ils ne donnent pas de mesure de l’efficacité de cette assistance. Pour l’expert, son intérêt dépendra du travail qu’elle lui permettra d’accomplir au-delà de ce qu’il peut déjà faire avec ses propres outils.

L’entreprise avait annoncé l’arrivée de Monico en février 2026, en même temps que la création de fonctions de managing director pour renforcer son organisation sectorielle. L’investissement dans le produit s’accompagne ainsi d’un renforcement des équipes chargées de la relation avec les clients.

Une offre de Senior AI Engineer, indiquée comme retirée du site Built In en octobre 2025, décrivait déjà les fonctions IA à construire pour la plateforme et ses processus internes. Catalant a également proposé aux indépendants dix séances de formation conçues par leurs pairs, allant des propositions commerciales au travail sur des corpus documentaires.

Avec ses Forward Deployed Experts, lancés le 15 septembre 2026, Catalant propose aussi d’associer des opérateurs expérimentés et des ingénieurs IA jusqu’à la mise en œuvre et à l’adoption chez le client. Le réseau peut ainsi réunir les compétences qu’un indépendant devrait autrement aller chercher lui-même.

Chez Toptal, le futur VP AI Services devra répondre du résultat de son activité. Son mandat porte sur la gestion des services informatiques, notamment ServiceNow. Il devra définir des offres reproductibles, fixer leur tarification et organiser leur réalisation, avec les méthodes et les compétences nécessaires. Sur ce marché, le réseau entend donc prendre en charge l’organisation de la prestation.

Toptal a par ailleurs annoncé le rachat de Graphite en janvier et de QO Collective en juin 2026, élargissant son offre d’experts en finance et en conseil en management. Les communiqués n’attribuent pas ces acquisitions à l’IA. Rapprochées du recrutement, elles suggèrent toutefois une évolution possible vers un réseau qui réunit davantage de métiers et organise lui-même certaines prestations.

Catalant explore aussi l’utilisation de l’expertise de ses membres pour améliorer les modèles. Dans un article publié en juin 2026, l’entreprise décrit des évaluations construites à partir de cas et de grilles conçus par ses experts, avec une notation effectuée par un autre modèle. Elle déclare avoir mené un pilote d’entraînement avec un laboratoire d’IA de premier plan, sans le nommer ni préciser les conditions commerciales ou les droits associés.

Le réseau pourrait vendre aux laboratoires un travail de conception et d’évaluation fondé sur les connaissances de ses membres. Mais si cette expertise améliore un modèle accessible à tous, les clients et les concurrents en bénéficient aussi. L’activité peut ouvrir un débouché sans procurer à Catalant un avantage durable dans ses propres missions.

La menace concurrentielle reste une hypothèse. En novembre 2025, Patrick Petitti déclarait que les nouveaux projets accompagnés par Catalant avaient progressé à chaque trimestre écoulé de l’année. Il ne donnait pas les volumes correspondants. Ce témoignage concerne 2025 et ne mesure ni l’effet de l’IA ni l’évolution de 2026.

Les clients peuvent aussi garder la conduite du travail en interne et acheter seulement les compétences qui leur manquent. Business Talent Group propose ce renfort aux équipes internes de conseil et de stratégie. Si l’IA permet à ces équipes de prendre en charge davantage de travail, cette formule pourrait gagner en intérêt. Ce serait un débouché pour les réseaux, à côté des missions qu’ils organisent eux-mêmes.

Sur les missions dont l’IA réduira fortement le travail de production, je fais l’hypothèse que la légèreté des réseaux pèsera moins dans le choix du client. Leur souplesse peut conserver son intérêt, tout comme l’accès à un spécialiste difficile à trouver. Un réseau qui prend davantage en charge la réalisation devra aussi sélectionner les intervenants, les faire travailler ensemble et assurer la continuité de la mission.

Un expert qui produit mieux avec ses propres outils peut aussi avoir moins besoin d’une structure autour de lui. Qu’est-ce que le réseau lui permet de faire qu’il aurait du mal à faire seul ?